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L'autre visage du drapeau Corse

02-08-2016

Cette étude de Paul-Georges Sansonetti sur une possible interprétation ésotérique et principielle du drapeau Corse fut initialement publiée sur le site de ré-information " Nice Provence info". Nous la reproduisons avec l'aimable autorisation de ce média ami.


Les derniers événements qui se sont déroulés en Corse ont mis au premier plan la notion d’identité corse et valorisé le drapeau portant sur fond blanc la fameuse « tête de maure », noire et ceinte d’un bandeau blanc. L’origine de cette représentation est connue. En 1281, Pierre III d’Aragon choisit cet emblème comme signe de domination sur la Méditerranée ; sous-entendu, en écho à la Reconquista, les Maures devaient être vaincus également sur les flots. Et, bien évidemment, la ténébreuse tête ainsi arborée était celle d’un ennemi vaincu. Plus tard, une légende corse dira que ce chef tranché appartenait à un redoutable barbaresque qui, ayant tenté d’enlever une jeune fille, fut décapité par le fiancé de cette dernière.

Cet emblème issu de l’Espagne allait devenir celui de la Corse et il fut adopté par Pascal Paoli, le Babbu di a Patria (le « Père de la Patrie »), en 1755.

Puis à travers diverses vicissitudes, l’étendard blanc portant le profil d’une tête noire traversa deux siècles avant de symboliser l’identité corse ou, si l’on préfère, la « corsitude »(1), terme qui fit son apparition pendant les années où s’est affirmé le désir d’autonomie (sinon d’indépendance) dans une partie de la population et surtout lorsque s’est imposée l’évidence d’une incontournable réalité ethnoculturelle de l’île. Mais, la signification d’un tel emblème ne s’arrête pas là.

Il est à noter qu’au fil des ans, la tête noire changea, pour ainsi dire, de physionomie. Les traits typiquement africains de l’origine se modifièrent au point qu’ils apparaissent maintenant comme nettement européens, ainsi qu’on peut en juger.

Drapeau Corse ancienDrapeau corse tête maure

Cette modification (volontaire ou non) incite à soupçonner une sorte de message ésotérique qui outrepasse de beaucoup l’interprétation, simplement politique et militaire, conférée au premier tracé issu de la Reconquista. Au fond, il serait loisible de regarder ce profil comme un visage non point de carnation noire mais ombré : phénomène optique résultant du fait que l’autre côté se trouve surexposé à la lumière. Ce qui inspire la technique dite d’ « ombre chinoise » bien connue des dessinateurs et graphistes. Deux images illustrent notre propos. D’abord le Peter Pan de Walt Disney, puis le profil d’un personnage que l’on identifie tout de suite même si le titre le désignant manquait.

Peter PanSherlock Holmes

Sur l’étendard corse, il s’agit donc d’un visage couvert d’une ombre ou dans l’ombre, c’est-à-dire se dissimulant ou, plus exactement, s’occultant. Ce qui nous conduit à évoquer un article rédigé(2) en 1948, par l’ésotériste et orientaliste français René Guénon et intitulé « Les têtes noires »(3). Il écrit en effet que, dans l’Antiquité et plus tardivement, cette désignation, loin de s’appliquer uniquement aux Éthiopiens, nom qui signifie littéralement « visages brûlés » (sous l’effet calorique de l’astre diurne) s’est retrouvée, à certaines époques, chez divers peuples dont, tout à l’Est, les Chinois(4). Mais, pour Guénon, l’image de la « tête noire » est avant tout d’ordre symbolique et renvoie à une signification hautement métaphysique. Ainsi que le précise notre auteur, il y a deux façons d’interpréter la couleur noire. L’une la ramène à la matière et, en conséquence, à l’obscurité de ce qui est dense et tellurique. D’où, autrefois, pour les indo-européens, l’association de cette teinte avec le labeur(5). Parallèlement, de par le conditionnement inhérent à toute matière, il advient que l’évocation du noir se fasse péjorative ; car l’absence d’ « éclairement » (dans tous les sens du terme) peut engendrer tristesse, angoisse et terreur et l’on va jusqu’à conférer à ladite couleur une signification maléfique : des « idées noires » risquent de conduire à de « noirs desseins » et même à convoquer le « Prince des ténèbres » en personne. L’autre nous renvoie à quelque chose de supérieur : le noir cache et contient ce qui est non manifesté, non visible aux yeux des profanes. C’est l’apanage du divin que de ne pas se révéler. Ainsi que le souligne pertinemment René Guénon, le héros de La Bhagavad Gita, très célèbre texte de l’Inde, se nomme Arjuna, c’est-à-dire « Blanc », tandis que son cocher – tous deux attendent sur un char le moment de s’élancer dans la bataille – s’appelle Krishna (il s’agit du dieu qui, incognito, est venu assister Arjuna), ce qui signifie « Noir ».

Krishna Arjuna

Le prince Arjuna est visible mais la divinité de Krishna ne se montre pas. Le divin peut donc se revêtir de noir et nous songeons à ces vierges noires que l’on vénère en divers lieux et particulièrement à Chartres ou dans l’église Saint Victor de Marseille.

Vierge noire Saint-Victor Marseille

Or, le divin était, par excellence, « en tête » de tout autre préoccupation au sein des sociétés « traditionnelles » de l’Antiquité, du Moyen Âge ou perdurant chez divers peuples jusqu’à une époque relativement récente. Et, comme le remarque encore Guénon, « tête » est « en connexion avec les idées de « sommet » et de « principe »… »(6). Effectivement, « tête », « chef », « capitaine », mais aussi « Capitole » et « capital », pour ne prendre que quelques exemples(7) renvoient à des notions de commandement, d’autorité, de capacité à diriger une action, un mouvement (culturel, politique) une entreprise (quelle que soit le projet ou la réalisation auquel s’applique ce terme) et, bien entendu, une nation. Dans ces conditions, il serait possible de considérer que la « tête noire » du drapeau corse représenterait un concept « capital », essentiel, mais manifesté de façon anonyme par sa couleur même. Couleur qui, redisons-le, pourrait provenir d’une intensité solaire ombrant ce visage. Si l’on considère l’actuel contexte politico-culturel de la Corse, il est évident que ce concept est celui de l’identité de son peuple. En des temps où la mondialisation menace gravement les spécificités ethniques, la (pseudo) « tête du maure » muée désormais en profil sorti de la statuaire grecque antique devrait « polariser » les interrogations sur ce qui constitue les racines les plus profondes de l’appartenance à la terre corse.

Vaste et enthousiasmant programme et, s’il m’était permis, je proposerais à ceux qui l’entreprendront de considérer deux choses « capitales ». D’abord, l’extrême l’importance du site archéologique de Filitosa avec ses statues menhirs qui semblent toujours veiller sur l’île et transmettre silencieusement le message d’un monde où seul importait l’être et non point le paraître. Ces visages de roc, à peine esquissés, ramenés à l’essentiel, relèvent de la même « impersonnalité active »(8) que la « tête noire ».

En second intervient ce que nous nommons la « géographie symbolique » de l’île avec, particularité pour le moins remarquable, son orientation d’autant plus nettement nord-sud – ou plutôt sud-nord ! – que le Cap corse, le Sacrum Promontorium des anciens, s’étire en direction du Septentrion. On dirait un index qui désigne le Pôle. Et, selon diverses traditions indo-européennes, l’extrême nord aurait été, en des temps oubliés, le siège d’une civilisation détentrice d’un prodigieux savoir. Raison pour laquelle les pyramides de Gizeh indiquent le Pôle avec une rare exactitude et qu’à Delphes, c½ur de la religiosité grecque, on célébrait le culte d’Apollon hyperboréen.

P-G. S.

(1) Définition : caractère de ce qui est propre à la Corse.
(2) Dans la revue Études Traditionnelles.
(3) Intégré dans le recueil d’articles intitulé Symboles de la Science sacrée, Éditions Gallimard, Paris, 2002, p. 112.
(4) D’abord sous le règne de l’empereur Chouen (2317-2208 avant notre ère), puis, bien plus tard durant la dynastie Tsing (IIIe siècle avant notre ère), comme le rappelle Guénon ; op. cit., p. 112.
(5) Il advient que le bleu remplace le noir. Il reste une formule illustrant cela puisque l’on parle d’un « bleu de travail ».
(6) Ibid., p. 114.
(7) On pense aux « Capitouls » de Toulouse.
(8) Selon une formule chère à l’un des grands penseurs de la Tradition (à côté de René Guénon), Julius Evola.


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Cet opuscule sorti en 2002 signé Lucien Antoni et Antoine Luciani ( éminent professeur de lettres anciennes de l'Università di Corti ) ne bénéficia d'aucune publicité et, au sein même de la mouvance nationaliste, fit l'objet d'une véritable conspiration du silence. Et pour cause, "La nécessaire sécession" trace les lignes d'un nationalisme authentique, doctrinal, irréductible à une simple revendication institutionnelle ( autonomie, indépendance ). Cette sécession s'inscrit dans un terrain -volontairement- négligé, celui de la lutte idéologique contre un Système, au-delà du triptyque lutte armée-lutte institutionnelle-lutte de masse en vigueur depuis quatre décennies. "La Nécessaire Sécession", dont on attend une réédition rapide, s'impose en quelques dizaines de pages comme une boussole théorique pour le nouveau cycle politique à venir de la lutte nationale corse, des principes Traditionnels dont découlent action politique ( désignation de l'Ennemi ) stratégie ( les trois terrains de lutte précités ), et tactique.