NAZIUNALE RADICALE SUCIALU !

Resistència , la Catalogne-Nord en lutte !

14-11-2016


Le 5 novembre dernier était annoncée la naissance officielle de Resistència, mouvement d'émancipation national en Catalogne-Nord ( sous juridiction française ). Llorenç Perrié Albanell, l'un de ses cadres répond nous présente la démarche et , plus généralement la revendication catalaniste.


Quels sont l’histoire et les fondements du catalanisme en zone nord (sous juridiction française) ? Quelles en sont les tendances idéologiques actuelles ?

Le premier à lancer l’idée d’un catalanisme politique et moderne au « Nord » est un professeur des écoles, également auteur, rédacteur en chef de la revue Nostra Terra, et inventeur du terme Catalogne du Nord, Alfons Miàs (1903-1950). Ses débuts politiques sont à l’extrême-droite au sein de l’Action Française, puis il évoluera vers un catalanisme défendant l’unité des Territoires de Langues Catalanes. Ses écrits n’étaient pas marginalisés, sa revue bénéficiait d’un nombre conséquent d’abonnés et ses réflexions étaient publiées  fréquemment dans le Journal de Céret.
Plus proche de nous, je vais tenter de vous dresser rapidement un tableau de l’évolution des mouvements et partis politiques catalans.  Nous pouvons citer  l’ARC (Action Régionaliste Catalane) de Gilbert Grau en 1972. 1972, c’est également la création de l’Esquerra Catalana dels Treballadors (Gauche Catalane des Travailleurs), d’obédience communiste et autonomiste, cette formation politique existera jusqu’en 1981. 1986 c’est la naissance d’Unitat Catalana, qui existe toujours mais dans un état végétatif, son président Brice Lafontaine, et adjoint au Maire de Perpignan aux affaires catalanes. Il s’agit d’une formation politique de type centriste, fortement compromise avec « le clan Alduyste » qui règne sur la mairie de Perpignan depuis une quarantaine d’années. En 1989 création d’une section de l’Esquerra Republicana de Catalunya (Gauche Républicaine de Catalogne), parti politique historique en Catalogne depuis 1931. Parti groupusculaire, il est allié en Catalogne du Nord avec la CUP (Candidatura d’Unitat Popular, extrême gauche). L’activité de ces deux formations gauchistes et fantomatiques se résume à des repas en faveur des sans-papiers et quelques commémorations, dont la fameuse manifestation du 7 novembre. Depuis peu, ces trois formations, UC, ERC et CUP sont réunies en mouvement politique afin de donner plus de force à leurs revendications, il s’agit du collectif SEM (Nous sommes, en catalan roussillonnais).  Fondé en 2001, le Bloc Català, a été la formation catalane la plus populaire de ces dernières années, jusqu’à sa dissolution en 2006. Elle a été le moteur de la mobilisation anti-Septimanie, nouvelle appellation voulue par l’ancien président de la Région Languedoc-Roussillon, George Frêche, qui souhaitait en changer le nom. Son orientation politique était plutôt centriste. En 2008 création d’une section du Partit Nacionalista Català (PNAC), qui évoluera en 2011 en Fédéració Nord-Catalana del Partit Nacionalista Català, première formation catalaniste, indépendantiste en Catalogne du Nord refusant l’invasion migratoire. Le 3 décembre 2006, dissolution du Bloc Català, cette dissolution donnera naissance à CDC (Convergence Démocratique de Catalogne) dirigé par Jordi Vera, une formation centriste. 23 avril 2012, fête de la Sant Jordi,  lancement de la Plataforma per Catalunya del Nord, première tentative d’implantation d’un parti politique autonomiste résolument anti-immigration. Il s’agit d’une délégation de la PxC implantée en Catalogne et dirigée par Josep Anglada, cette délégation néanmoins décidera de se dissoudre le 15 décembre de la même année pour mésentente sur la ligne de la PxC d’Anglada sur la question du souverainisme catalan. Le 15 septembre 2016, CDC se transforme en un nouveau parti politique des suites de l’évolution du mouvement Oui au Pays Catalan. Le mouvement politique Oui au Pays Catalan est né pendant l’été 2016 en réaction de l’injustice occasionnée par la réforme régionale et au changement de nom qui incombe aux nouvelles formations géographiques décidées depuis Paris. Cette formation n’a pas été toutefois la première à agir sur le terrain, ce sont les Identitaires de la Ligue du Midi, en Occitanie et en Catalogne du Nord qui ont lancé les premiers une campagne de plusieurs mois, et occupé le terrain en permanence. Notons une collaboration active de ces derniers avec le mouvement Oui au Pays Catalan afin de garantir le succès des opérations tels que les pétitions, manifestations, collages, distributions de tracts etc. Néanmoins, l’évolution de ce mouvement politique de réaction épidermique, en parti politique de centre droit prônant la création d’une Collectivité Territoriale Unique, mais refusant tous débats sur l’immigration, sera à l’origine de la fin d’une collaboration sur le terrain avec les militants identitaires. 5 novembre 2016, naissance de Resistència, premier mouvement politique, identitaire et autonomiste 100% nord catalan. Resistència reçoit le soutien du PNAC, de SOM Catalans et du Moviment Identitari Català. Pour terminer cette énumération des mouvements et partis politiques nord catalan, je citerai également le mouvement centriste et localiste Agissons, dirigé par Joan Nou. Ce mouvement essentiellement jeune a décidé de cesser toutes collaborations avec Oui au Pays Catalan avant même sa transformation en parti politique, pour un désaccord avec la dérive stalinienne de l’appareil politique du mouvement et un cantonnement aux vielles pratiques refusant la « rupture ».

Quel est le rapport entre catalanisme et occitanisme ?

Les rapports, cordiaux et fraternels, entre catalanisme et occitanisme sont très anciens. Nous pourrions dire que ces liens d’amitiés puisent leurs solides racines dans le secours apporté au poète catalan Victor Balaguer, exilé politique et opposant d’Isabelle II d’Espagne, il est une des plus imposante figure de la Renaixença. Victor Balaguer a été hébergé en Provence chez le non moins célèbre Frédéric Mistral. En remerciement de l’aide apportée au poète en exil, des hommes politiques et intellectuels catalans ont levé une souscription populaire afin de pouvoir commander, et offrir une coupe en argent, ½uvre du sculpteur Guillaume Fulconis et de l’argentier Jarry, aux membres du Félibrige lors d’un banquet qui se tint à Avignon le 30 juillet 1867. C’est de cet exemple d’amitié entre nos peuples qu’est né, de la plume de Frédéric Mistral,  la célèbre chanson Coupo Santo (la Coupe Sainte), qui est aujourd’hui l’hymne occitan de référence. C’est d’ailleurs avec joie et honneur que  j’ai participé le samedi 6 septembre 2014 à Saint-Rémy-de-Provence, en tant que musicien et danseur traditionnel catalan, dans le cadre du centenaire de la mort de Frédéric Mistral, à l’évocation des grandes fêtes en l’honneur des Catalans, fêtes qui sont à l’origine de l’histoire de la Coupo Santo mentionnée plus haut. Plus proche de nous, l’amitié, plus politique, entre catalanisme et occitanisme remonte aux années de luttes dans le Larzac, à l’émergence des courants autonomistes et à la création des écoles d’immersions linguistiques, période qui correspond aux années soixante et soixante-dix. Je rajouterai également que le résultat de la consultation populaire pour le nom de la nouvelle région organisée par la présidente de région Occitanie, la socialiste Carole Delga, n’a pas entaché notre belle amitié. Nous savons que des mesures avaient été prises dès le début par « l’intelitgencia rose » pour  que n’apparaisse pas Pays Catalan dans la décision finale.

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Pourquoi Resistència ?

Nous avons créé Resistència car il y a une réelle demande en ce qui concerne nos thèmes, une demande, mais pas d’offre ! Resistència est le fruit de cette demande. Quelle demande me direz-vous ! C’est très simple, nous sommes dans un département à fort vote populiste qui se traduit par un ras le bol des problèmes sécuritaires liés à une immigration galopante, ainsi qu’un fort taux de chômage, un des plus important de France. Seulement le parti politique bénéficiaire de ce vote populiste porte en lui une carence identitaire, dans un département identitaire ça ne pardonne pas. Ce qui se traduit par un manque réel d’implantation locale. D’un autre côté nous avons des partis politiques catalanistes porteurs d’idées très intéressantes sur des thèmes comme l’obtention d’un Statut particulier, d’un développement localiste, l’économie circulaire, la défense de l’identité locale etc.  La carence dont souffrent ces partis politiques, c’est qu’ils sont ralliés à la pensée unique sur le thème de l’immigration, parfois même, ils surenchérissent sur les soi-disant bienfaits que l’immigration pourrait nous apporter. Ce qui se traduit en terme électoral par des résultats résiduels frôlant le ridicule. Dans ces différentes factions, il existe des militants qui n’y trouvent pas leur compte. Ils souhaitent tout à la fois lutter contre l’immigration et pour un Statut Particulier. Ce que n’offre ni l’une ni l’autre des structures politiques évoquées plus haut. Notre idée est celle d’un « centre identitaire » une plateforme de rassemblement des catalans de bons sens, qui peuvent avoir un parcours politique différent, mais qui savent se rassembler sur l’essentiel : la lutte pour le Pays Catalan, qui inclut également la dénonciation de l’immigration galopante.

Comment selon toi concevoir l’articulation entre Europe des Peuples et Europe Puissance ?

Difficile de résumer un tel sujet ! C’est toute une interview qu’il faudrait consacrer à cette question ! Je vais tenter d’être concis. Pour être Europe Puissance, il faut penser Europe des Peuples. Si nous voulons une paix durable qui assure la stabilité d’une Europe Puissance, cette même Europe doit être bâtie sur des bases solides, à savoir ses Patries Charnelles. Elles sont le ciment de l’Europe réelle, en opposition à l’Europe légale et administrative, qui n’est qu’un jacobinisme de plus, appuyée  par l’idée d’une Europe des Marchés dont le corolaire et la destruction de notre économie et l’invasion migratoire. Pour devenir Puissance, notre Europe a besoin d’être régénérée par ses racines les plus anciennes, qu’elles soient philosophiques, spirituelles et ethniques. Certains peuples d’Europe peuvent aspirer à la création d’un Etat qui leur est propre, de par leur histoire, leur culture ou bien une constitution politique antérieure à leur Etat administratif actuel. Il en va tout à la fois d’une marque de respect et de considération pour ces peuples, mais également de la stabilité politique, économique et militaire des territoires intéressés. D’autre en revanche, dont la situation historique, culturelle et économique est différente, doivent pouvoir accéder, faute d’indépendance,  à une pleine autonomie avec de véritables parlements locaux, bénéficiant tout à la fois d’un pouvoir législatif et exécutif. Chaque territoire doit pouvoir bénéficier d’outil politico-juridique pour pouvoir se développer, c’est une question de bon sens. Enfin pour accéder à cette fameuse Europe puissance, toutes ces Patries Charnelles doivent être articulées par un savant enchevêtrement soucieux du respect de chacun, l’idée qui en découle serait un système fédéral et confédéral selon les divers degrés de libertés territoriales. La construction finale de ce  système serait un véritable État Confédéral Européen, constitué de membres élus, dont la seule prérogative serait d’ordre régalienne, monnaie et défense. L’Europe régénérée à sa base par un harmonieux système de subsidiarité se verrait renforcée, capable de mener tout à la fois divers combats, par exemple : économique et militaire. Économique avec l’application d’un protectionnisme adapté et échelonné (local, national, continental) en jouant au maximum la carte du localisme et de l’autosuffisance énergétique et alimentaire. En finir avec l’Europe de la faiblesse et reprendre une place prépondérante en matière militaire, et ainsi peser sur l’échiquier international pour un retour à un monde multipolaire, dont d’ailleurs une esquisse est en train de se réaliser actuellement. L’idée générale qui découle de ma modeste réflexion, est que notre Europe ne peut se bâtir qu’à partir des peuples, et pour les peuples qui la composent et certainement pas à partir de cénacles obscurs qui servent les intérêts d’une caste oligarchique, comme c’est le cas actuellement. 


Comment juges-tu le processus d’émancipation national actuellement en cours en Catalogne sud ?

Beaucoup de nationalistes authentiques vivant au Sud des Albères voient, non pas le processus comme une mascarade, mais ceux qui sont aux commandes de ce processus comme des imposteurs. Depuis trop longtemps le nationalisme catalan est un nationalisme victimiste, si toutefois le terme nationaliste a encore sa place dans le débat. Car faut-il encore le rappeler, nombre de politiciens engagés dans le processus souverainiste déclarent en boucle qu’ils ne sont pas nationalistes, mais indépendantistes. Hors vouloir un Etat indépendant suppose, pour le protéger, d’avoir également des frontières, ce qui est tout de même le fondement d’une nation, donc du nationalisme ou du patriotisme.
Il est évident que nous soutenons de tout c½ur le processus indépendantiste, qui selon de nombreuses sources, et notamment de la bouche même du Président de la Generalitat de Catalunya, Carles Puigdemont, serait enclenché en 2017. Si tel-est le cas, la situation géopolitique de l’Europe  en serait bouleversée. La Catalogne est peut-être la clé de voute d’une nouvelle construction européenne, celle des Peuples, et non des marchés ou des Etats Jacobins, véritables courroies de transmission de la globalisation.
Et d’ajouter qu’une Catalogne indépendante aiderait de surcroit à retrouver, pour la Catalogne du Nord, un certain dynamisme culturel, politique et économique par la voie de la collaboration transfrontalière. Nous pourrions dire aussi que sa pleine réalisation politique et économique pourrait être une source de motivation pour les nord catalans à tendre vers plus de libertés locales.

Quel impact sur le Nord ?

Si demain la Catalogne devient un nouvel État européen, accepté ou non au sein de l’E.U, cette annonce fera l’effet d’un tremblement de terre qui signera la fin des états artificiels et ouvrira la route vers la renaissance  des Patries charnelles. J’oppose ici Etat artificiel de domination administrative et Etat charnel. Pour ce qui adviendra de nous, nord catalans, je ne suis pas devin, en revanche je peux émettre des suppositions.
Il semble évident que l’Etat jacobin français entamera un bras de fer avec, non seulement le nouvel Etat catalan afin d’éviter tout sentiment irrédentiste venant du «Nord », mais également il s’emploiera à mater sévèrement tout risque de contagion des idées porteuse d’un message identitaire prônant la renaissance des Patries charnelles qui sont sous sa coupe. Il se peut que dans cette atmosphère de conflit non déclaré ouvertement, l’Etat jacobin s’allie avec d’autres puissances connaissant des poussées sécessionnistes.
D’un point de vue général de la société nord catalane, nous assisterons indéniablement à un revirement des professionnels de la politique qui retourneront leurs vestes à des fins opportunistes. Nous avons en ce moment un des plus brillants exemples en la matière avec l’affaire des panneaux signalétiques Pays Catalan posés à l’entrée des communes du département. La pose de panneaux est louable, seulement qu’en est-il de la motivation personnelle de certains élus, notamment socialistes qui se trouvent en position inconfortable vis-à-vis de la présidente socialiste de la Région, Carole Delga. En ce qui concerne le peuple nord catalan dans son ensemble, il n’est pas prêt à la sécession (l’Etat Français encore moins), cette idée reste marginale, elle est cultivée dans certains milieux catalaniste. Néanmoins, l’idée d’un Statut Particulier, évolutif vers un statut d’autonomie, a fait son chemin. Les facteurs déterminants dans ces aspirations sont les suivants : réflexe de conservation identitaire, idée de liberté locale. Tout le contraire de ce qui ce pense au niveau de l’appareil d’Etat jacobin qui se dirige de plus en plus vers la déconstruction identitaire et le renforcement d’un pouvoir dictatorial. Les entrepreneurs en revanche seront plus attentifs à ce qui se passe au sud en matière fiscale. Si le combat identitaire pour certains chefs d’entreprises n’est pas la priorité, l’attractivité fiscale générée par l’émancipation politique pourrait devenir un cheval de bataille pour ces derniers. 
D’un point de vue positif, je pense sincèrement qu’un futur Etat Catalan pourrait effectivement nous aider à obtenir un Statut Particulier et des compétences élargies. Ce n’est pas par une coupure franche et nette qu’une réunification pourrait s’envisager entre la Catalogne et le Pays Catalan, la tâche est ardue et une réflexion géopolitique de fond nous en fait prendre toute la mesure.  C’est plutôt vers une véritable collaboration transfrontalière qu’il faut chercher des solutions. Une collaboration basée sur des thèmes économiques, culturels, sécuritaires (mutualisation des moyens, exemples : incendies, délinquance, immigration), sanitaire etc. La mutualisation de certains services et la collaboration dans certains domaines feront plus pour les Pays Catalans, que les revendications creuses et dogmatiques criées une fois par an dans les rues de Perpignan par des militants d’extrême gauche indépendantiste en bout de course. Autonomisme, Confédéralisme et Mutualisme, voilà des thèmes, pour notre part, qu’il faut fédérer autour du futur Etat Catalan. N’oublions pas non plus que la peur de l’irrédentisme par l’Etat Français pourrait pousser celui-ci à agir contre le futur Etat Catalan. Moins de dogmatisme, et plus de pragmatisme et de réalisme.

Merci camarade

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