NAZIUNALE RADICALE SUCIALU !

ORTHOGRAPHE ET NATIONALISME

02-07-2016

Membre fondateur du "culletivu pè a salvezza di a lingua corsa" , le professeur Antoine Luciani nous propose cette réflexion sur la dimension idéologique des réformes de l'orthographe, en Corse comme en France, et l'action imprégnée de jacobinisme des "réformateurs" corses selon des processus mentaux également constatables dans nombres d'autres domaines de la vie politico-sociétale corse.


                                          ORTHOGRAPHE ET NATIONALISME                                                        

On parle, en France, d’une réforme de l’orthographe. Elle a du mal à s’imposer: les Français tiennent à leur orthographe, qui leur vient de l’histoire de leur langue. C’est un aspect du patriotisme français. Exemple: événement s’écrit avec un accent aigu sur la deuxième syllabe, alors que la prononciation est celle d’un accent grave. Il serait donc naturel de changer l’accentuation de cette voyelle. Et pourtant; elle résiste. Pourquoi ? Elle résulte tout simplement d’une erreur de typographie, qui s’est introduite dans le dictionnaire de l’Académie, et qui, par le fait même, a été sacralisée. Les Français y tiennent, comme ils tiennent à tel ou tel épisode de leur histoire. Quant à l’accent circonflexe, on sait bien quel est son rôle: la trace laissée par une consonne disparue. Il n’empêche que l’esprit technique moderne, niveleur et rationaliste, s’évertue à effacer ces vertiges d’un passé disparu. Un clivage s’est produit: d’un côté les « conservateurs » de l’orthographe, de l’autre les « progressistes »; on remarquera au passage que ce clivage correspond au clivage politique entre nationalistes et mondialistes.

En Corse ce débat n’a pas eu lieu. La langue Corse disparaissait lentement, en même temps que son peuple se fondait dans le peuple français, dans l’indifférence générale. Survint - divine surprise - le sursaut marqué par la création de l’ARC, et les événements qui s’en suivirent, dont la réouverture de l’université, arrachée au jacobinisme français par la ferveur de tout un peuple. On aurait pu alors assister à la renaissance de notre langue, avec son orthographe traditionnelle. De fait, une floraison littéraire importante, et de qualité, vit le jour. Mais, pour l’orthographe, hélas ! Ce fut un désastre. Quelques linguistes distingués, formés dans les universités françaises prirent les choses en main. C’étaient des c½urs Corses, mais il avaient une tête française; ils voulurent, en vrais fils des « Lumières », rationaliser l’orthographe, « du passé faire table rase ». Ce furent les « maîtres de la langue », et, sous leur férule, elle fila doux. La première des choses qu’ils décrétèrent, ce fut que tous les mots dont la prononciation est identique, mais le sens différent, devraient dorénavant porter un signe qui marquât leur différence. La première victime fut le roi des verbes, le verbe être; il fallait le distinguer de la conjonction e ; jusqu’à présent l’absence d’accent ici, et sa présence là, suffisaient. « Pace e salute », « è belle tempu ». Comment s’y tromper ? Mais ce n’était pas assez pour nos rationalistes; il fallait deux signes différents. L’accent de la conjonction passa donc au verbe, qui reçut, en compensation, un h (qui n’était certainement pas étymologique!). On écrivit donc : « Pace è salute »; « u tempu hè bellu ». Mirifique travail, dont les auteurs ne sont pas peu fiers. Et malheur aux récalcitrants! Ils commettent l’impardonnable. Le péché contre le Saint-Esprit (version laïque). Il est vrai que l’on crée ainsi quelques problèmes; on connaît la célèbre chanson « ma cosa c’è, ma cosa c’è in questu paese »… Si on écrit « ma dose c’hè », ne va-t-on pas confondre avec le « chè » de « perché » et prononcer « ma cosa ké ? ». Faudra-t-il alors mettre un « i » devant le « hé » : « ma cosa ci hè », mais alors la voyelle écrite n’est pas prononcée… Comme on voit, un sac d’embrouilles. Voilà pour le verbe être ; mais le verbe avoir est-il mieux traité ? On écrivait jadis « anu », « l’anus » et « hanu » = « ils ont », avec un h conforme à l’étymologie (latin: habent). Il a fallu changer. Le raisonnement était rigoureux : le h donné à être a été ôté à avoir, et l’on écrira donc, à la 3ème personne du pluriel « anu » : « ils ont ». Mais pour ne pas le perdre, on le donnera à « anus », qui deviendra «hanu ». C’est simple comme le génie. L’anus doit se demander quels sont les mérites qui lui ont valu une si brillante promotion.

Autre singularité: le traitement de l’enclise; on sait que dans le mot: « datemilu » = « donnez le moi », les pronoms personnels, perdant leur accent, se rattachent étroitement à l’impératif du verbe, et le tout se prononce d’une seule émission de voix; que la plume ne sépare point ce que la bouche a uni ! Les maîtres de la langue, eux, séparent : et voici « date mi lu ». Pourquoi ? Pour distinguer; et pourquoi distinguer ? Parce que nous le voulons ! Faut-il parler de procédé stalinien ? Même pas : Staline, lui, respectait la langue russe, comme en témoigne sa réponse cinglante au Pr. Marr, dans les années 1920. Mais nos linguistes sont des maîtres: ils veulent fanatiquement, arraisonner, mettre au pas la langue de notre peuple, au nom des « Lumières » françaises. Qui fait mine de résister connaît la rigueur de leur loi. Cette loi est même rétroactive: quand ils rééditent des ouvrages de leur aînés, ils n’hésitent à leur retailler la barbe, en leur imposant une orthographe que ces derniers n’auraient pas acceptée, et ils le savent. Élégance…

En résumé la langue corse souffre violence, et cela de la part de gens qui sont convaincus qu’ils la défendent et la promeuvent. C’est le reflet de la situation politique où nous voyons des Corses sincères, mais aveugles, prétendre sauver leur pays en abolissant son passé, qui est son identité, et refaire une corse toute neuve, issue de leur cerveau. L’entreprise est insensée. Mais la Corse se rebelle, noble et fière. Nous appelons tout les Corses à soutenir le collectif pour la défense de la langue corse, que nous venons de créer. Arritti, o Corsi ! Parlemu e scrivimu corsu. Tinimu a nostra lingua, chi ghiè a chiave di a nostra prigiò.

Pe u culletivu.

Antoni Lucianu.

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" Que les auteurs soient engagés ou non, que les temps soient à la la paix ou à au conflit, aucun écrit n'échappe à son contexte.Toute littérature, parce qu'elle participe à la vie de la cité, est un indicateur de premier choix sur les courants de pensée qui traversent habituellement les sociétés. Elle procède, par évidence, du politique... Suivant ce fil rouge qui lui est cher, l'auteur est remonté aux sources de l'imaginaire national corse et, pour en tracer les contours, a interrogé l'histoire littéraire insulaire. Depuis la "giustificazione" du père Salvini au XVIIIe siècle-pour servir à la défense des Corses face aux génois devant les cours européennes notamment- jusqu'aux romans des auteurs de l'entre-deux-guerres et au delà, il montre, à travers la présente étude, combien les figures de cet imaginaire sont prégnantes et opérantes."